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Marathon de New York

28 novembre 2011 vu 736 fois Pas de commentaire

. Les pièges de New York

Deux dangers menacent les coureurs qui, comme moi, viennent pour la première fois courir le marathon de New York. Le premier – et peut-être le plus redoutable- ce sont les femmes de chambre de l’hôtel. Il faut absolument verrouiller la porte de la salle de bain quand on prend une douche afin de ne pas risquer d’être surpris dans le plus simple appareil par l’arrivée inopinée d’une jolie femme qui vient d’entrer par hasard, femme dont le rôle, comme chacun sait depuis Eve et puis plus récemment, est de tenter les hommes. Le deuxième danger est d’attraper le torticolis à force de lever la tête pour regarder les gratte-ciel. Grâce à ma vigilance, j’ai réussi à échapper à ces deux dangers.
New York, vive de la démesure, du gigantisme, la hauteur des gratte-ciel, le nombre de participants au marathon (47OOO), la taille des pizzas…
Le jour du marathon, le car nous emmène sur le lieu du départ, au pont de Verrazano qui relie Staten Island à Brooklyn. Il fait froid. Les champs sont couverts de gelée blanche. Je grelotte. J’ai commis l’erreur de mettre trop tôt au vestiaire mes vêtements que je récupérerai à l’arrivée. En fonction de notre meilleur résultat au marathon, on nous entasse dans un corral, vous savez, ces enclos dans lesquels les cow- boys parquaient le bétail.
Trois heures à attendre. Je m’interroge. Je m’inquiète. Le marathon est toujours une aventure. On ne sait jamais comment ça va se passer, dans quel était on va être en arrivant, si on va pouvoir aller jusqu’au bout. On peut partir euphorique et arriver complètement fracassé. Même si le moral est bon, le corps peut vous jouer des tours. Gare aux ampoules, aux crampes, aux blessures qui font de la course un supplice et vous obligent parfois à abandonner.
La foule partout, sur tout le parcours. Des enfants mais aussi des adultes tendent la main pour qu’on y mette la sienne. Geste émouvant de fraternité. On me crie : Vive la France ! La foule grossit à mesure qu’on approche de l’arrivée. A Manhattan, sur la première avenue, c’est du délire.
Le 30ème kilomètre. Le mur, le fameux mur. On n’a plus de jambes. Ou au contraire, elles sont si lourdes qu’on a du mal à les soulever. Courir n’est plus un plaisir. Ce serait plutôt une souffrance. Chaque foulée devient pénible. On lutte contre le désir de marcher, de s’arrêter, d’abandonner. Enfin ne plus courir ! On ne pense plus qu’à une chose : arriver. Pourtant, cette fois-là, je n’ai pas senti grand-chose au 30ème kilomètre. La fatigue a commencé à se faire sentir au 35ème. Les derniers kilomètres (pardon miles) sont difficiles. Que c’est long, un mile ! Je me demande pourquoi je me suis embarqué dans cette galère. Je me dis que c’est fini, plus de marathons. Plus jamais ça. C’est trop dur. Ce n’est plus de mon âge.
J’ai franchi la ligne d’arrivée en levant les bras, comme on m’a dit, pour la photo. Et, tandis qu’enveloppé dans ma couverture de survie, je remonte avec les autres l’allée de Central Park pour rejoindre le vestiaire, je pense déjà à mon prochain marathon.
Ah oui, j’oubliais, j’ai mis 4 heures 24.
Michel Cahour