Le profil du coureur de fond
Le mythe du marathon a
disparu, le mystère de la course de fond n’existe plus.
Initialement
le baron Pierre de Coubertin avait fixé la distance d’y celui à 40km (marathon –Athènes)
à contre cœur car la vérité culturelle était autre.
En
fait la vérité est tout autre (si l’on en croit Hérodote contemporain des
événements vers – 490 avant J-C) Athènes effrayée par la menace perse
envoya un hémérodrome (individu spécialement entraîné pour couvrir de grandes
distances et assurer dans la Grèce antique les liaisons militaires, le cheval,
lui est moins efficace car spécialiste de demi-fond et la Grèce de l’époque ne
disposait pas de réseau de relais, car nation morcelée en cités adverses voire
ennemies) afin de demander à Sparte du renfort.
Phillipides
fit l’aller retour en 4 ou 5 jours (500km). Hérodote pourtant chroniqueur zélé
ne rapporte pas la mort de Phillipides ( il ne cite d’ailleurs pas ce nom).
Légende quand tu nous tiens !
Loin
de la légende :
« Comment
pourrais-je devenir un coureur, une coureuse de fond alors que je n’en ai pas
l’allure ? ».
Longtemps
la croyance commune (dès 1889) fixait les caractéristiques du coureur de fond
comme étant des athlètes plutôt petits et de dimensions physiques réduites…
Cette
croyance n’est plus un absolu. (ceux qui le souhaitent poseront la question… je
répondrai …promis)
Les
recherches passées et actuelles, tant sur le plan anatomique, psychologique,
physiologique sur les coureurs de haut niveau permettent d’étendre avec logique
ces résultats avec leurs applications pratiques au gros du peloton (nous
reviendrons un jour sur les taux de graisse des athlètes).
Rappelons
que toutes les observations obtenues témoignent tout aussi bien de l’action des
facteurs héréditaires que des effets immédiats ou à long terme de
l’entraînement à l’endurance.
-
« Mais voila je suis un coureur, une coureuse de fond, je pratique
« pour le plaisir’ ». quel intérêt pour moi auraient des tests sur
tapis roulant ? »
Peut-être
aucun mais dans le cas de l’amélioration de votre entraînement et de la
prédiction de vos futures performances pourquoi pas ?
-
« D’accord, alors à la prochaine occasion, faites celui-ci, courez sur
tapis roulant à 268m/min soit 16,1km/h relevez votre pouls.
-
Il est également nécessaire de connaître votre pouls maximum ».
Attention
ce qui va suivre peut indisposer certaines personnes Fragiles !
1) - La relation entre la performance réalisée sur environ 16,1 km et le pourcentage de la fréquence cardiaque maximale (%deFC max) du coureur atteint lors de la course à la vitesse de 16,1kmh est
Y (%Fc max) = 15,01+
1,271*X (temps réalisé sur une course de 16,1km)
En
effet les paramètres physiologiques enregistrés lors d’une course sur tapis
roulant à 16,1 km/h présentent une corrélation élevée avec le temps réalisé sur
16,1 km
Exemple :
-
j’ai 25ans mon pouls maximum est 195. Mon maximum lors du test est 178 pulsations, je cours donc à 91,27% de ma
fréquence cardiaque maximale, mon temps sur 16,1 km sera 60minutes
-
j’ai 50ans j’ai réalisé 1h 06’ 52’’ sur 16,1 km lors du test j’ai donc atteint
100% de ma FC max durant la course
2)
- Et celui ou celle qui ne peut atteindre cette vitesse en test, me direz
vous ?
Hum !
bonne question…
Nous avons pour eux(et même les autres)
quelques solutions dans notre besace, pour affiner la prédiction de leurs
futures performances.
Il
est utile de se re- familiariser avec quelques unités de calcul…. Pourquoi, ben
c'est-à-dire que l’entraîneur ou l’athlète qui désirent porter des jugements
intelligents sur l’entraînement et la course doivent d’abord comprendre à
quelles contraintes est soumis l’organisme pendant la compétition.
Toujours
lors de tests mesurer la consommation d’oxygène à différentes allures et en déduire
une droite de consommation : Y= a*vit +b
Votre
course est caractérisée par son coût en énergie.
Le coût énergétique de la
course à pied est : Er=Cr*V
Où
si V est exprimé en m/s Cr en J/kg*m
alors Er est en W/kg
Ou alors V est exprimé en m/min.
Cr en ml O2/kg*m . Er résulte
alors en ml O2 /kg*min
Remarque
essentielle : la dépense énergétique sur terrain plat (horizontal) est pratiquement constante et
indépendante de la vitesse (pour les
niveaux de vitesse concernant le marathon <20kmh)
Démonstration :
‘’Ya’’
deux copains de 45 ans et 49 ans (pourquoi pas ? les deux compères ont
réalisés des tests en labo à différentes vitesses).
le
plus jeune s’appelle Marc le ‘’ vieux’’ s’appelle Alain
La
vo2 de Marc se caractérise par :
Y1 = 0,014*Vit (m/min) – 0,496
(Résultat d’un test à différentes allures sur tapis roulant).
Le
record de Marc au marathon est: 2h42’02’’
(162,333min) 259,93 m/min
il consomme donc 3143 mL’o2
S’il court son Marathon à 85% de sa vo2max sa
consommation maximale serait 3698 ml
d’o2 et par unité de masse, elle est de 65 ml d’o2/kg/mn
Marc
accuse alors sur la balance 56,9kg (une bonne façon de faire avouer son poids à
celui ou celle qui s’y refuse par coquetterie
la
consommation en oxygène de sa course est : 3143/56,9= 55,237mlO2/kg/mn
Le coût unitaire de sa course est :
Cr=55,237/259,93
= 0,2125 ml d’O2 kg-1 m-1
__Et
notre ami Alain alors ?
Alain
a une réponse au test telle que :
Y2 = 0,01*Vit(m/min) + 0,295
( mêmes tests évidemment)
Avec un record de 2h29’07’’ (149,12
min) 282,96 m/min il consomme 3124,6 mL’o2 et s’il court son
marathon à 85% de vo2 max(comme Marc) sa Vo2 max sera 3676 ml d’o2/mn
Son
poids 3676/65 = 56,6kg
La
consommation d’alain en course sur son marathon est 3124,6/56,6=55,205ml
d’o2/kg/mn
Le
coût unitaire est :
Cr=55,205/282,96=0,195 ml d’O2 kg-1 m-1
Comme
nous le constatons Alain consomme moins
que Marc par unité de masse et de distance, il
est nettement plus efficace, il possède un rendement mécanique supérieur
à Marc
Or,
il se trouve que les mesures de labo
donnent pour les deux amis la même vo2max /kg/min =65 ...
L’un
et l’autre dépenseront durant leur course record respectivement 10,663MJ pour
Marc et 9,738MJ pour Alain
Ces
deux droites (Y1 ;Y2) ne sont que la traduction en fonction de la vitesse
de course (m/minutes) de la consommation d’oxygène en course de nos deux
compères.
Que
devient leur rendement à la même vitesse ?
__Notre
ami Marc avec Alain, s’aligne sur un Marathon plat (j’y tiens beaucoup
« n’est-ce pas Joseph ? »)
Il
parcours sans forcer celui-ci en 209,6 min
(3h 29’ 36 ‘’) soit 201,312 m/min
un peu plus de 12 kmh
Dans
l’équation Y1 cela donne 2,322 litres d’oxygène de consommation en course par
minute . (40,808 ml d’O2 par mn et par kg
soit Cr=0,2027ml d’o2 /kg/m)
Comme
chacun le sait l’équivalent (moyen) énergétique d’ 1 litre d’o2 est ~5
kcal/min.
Pour Marc la
dépense est de 11,61 kcal/min
soit 2434 kcal pour cette course
En joules :~10,17 MJ (contre les 10,66 MJ de son marathon record). (1)
Dans sa course ballade
avec Marc,
Alain à 201,312 m/min consomme
Y2=2,308 litres d’o2/min
Sa
consommation en course va être de :40,7774 ml d’O2 kg/mn ; A la même
vitesse pour le même temps de course il
dépensera 11,54 kcal/mn 2419 kcal ou 9,9175Mj . (3)
La
coût unitaire de sa course : Cr=0,20256 mld’o2 /kg/m .
Supposons
notre coureur Marc capable maintenant de soutenir une allure de 268m/minute [157,444 min] ou ( 2h 37’ 26’’
64 ) Il battrait alors son propre record sur la distance) soit une consommation
de 3,256 litres d’o2 par minute durant sa course. Sa dépense énergétique est
16,28 kcal/min, 2563 kcal ou 10,714MJ (2)
Le
coût unitaire est alors de : 57,22ml d’O2
Cr=0,2135 mlD’O2 /kg/m
Quant à Alain à 268m/min il consomme 2,975 litres d’o2
sa dépense sera de 14,875 kcal/min 2342kcal~9,79MJ (4)
Le coût
unitaire est 52,562ml d’O2 Cr =
0,1961 ml d’O2 /kg/m
SA
CONSOMMATION TOTALE EST PLUTOT INFERIEURE à 268m/mn 9,79MJ contre 9,9175Mj à 201,312m/mn(mais sa puissance nettement
augmentée)
Nos
deux compères ont la même Vo2 max ( 65 mld’o2/kg/min) ils ont couru au même pourcentage de vo2max dans
les deux circonstances pour couvrir la même distance à la même vitesse.
Pourtant
Marc aura battu son record et Alain sera à 9 minutes du sien.
En
réalité nous venons d’exprimer le fait que le rendement mécanique aux
différentes vitesse de course n’est pas le même chez tous les coureurs.
Imaginons :
Un coureur « Kényan »dépense comme
Alain 9,79MJ (2342kcal) mais court le
même marathon en 2h08’33’’soit
128,55min. 328,238m/min (5)
Sa
dépense énergétique par min sera 76,157 kj/min, 18,22kcal/min et sa consommation
en o2 sera
3,644
litres d’o2 /min Sa courbe de consommation d’oxygène nous est inconnue
mais Vo2 = a*328,366 +b
S’il
court son épreuve au même pourcentage de
puissance max aérobie que Marc et Alain
Sa vo2 max sera 3,644/0,85=
4,287 litres d’o2 max . Si sa masse est (56,6kg) sa vo2 max sera 75,74
mld’o2/kg/min
Lors
de son marathon record Derek Clayton
‘’il y a belle lurette’’ dépensa 11,08 MJ pour couvrir ce marathon à la
même vitesse (2h08’33’’) sa dépense énergétique sera 86,2 Kj/min et 20,62
kcal/min Sa consommation d’o2 sera durant cette course 4,124 litre d’o2 par
minute et en utilisant comme ‘’ses trois adversaires’’ la même fraction de
son Vo2 max sur la course son poids
est : 4851,8/69,7=69,6kg
Conclusion :
Nous venons de mettre en évidence que la performance sur de longue distance
comme le marathon est tributaire de facteurs plus ou moins compatibles entre
eux.
Mais
à ce jour la question n’est pas scientifiquement tranchée.
La
combinaison idéale permettant au coureur possédant la plus grande cylindrée, la
meilleure endurance, le système anaérobie adéquat, la meilleure efficacité de
foulée n’est pas de notre temps.
Ici
les déterminants de la performance sont : la puissance maximale aérobie
(consommation maximale d’oxygène), l’endurance ( capacité de maintien d’une
fraction maximale de vo2Max sur un temps de course donné), l’efficacité de
foulée (coût de la course en terrain
plat). La masse du coureur.
-
Pour une même puissance aérobie maximale et une même endurance le coût
relativement faible de sa course permet à Alain d’arriver 13 mn avant Marc.
Celui-ci ne peut améliorer significativement son record personnel sur la
distance qu’au prix d’une endurance
supérieure et une meilleure efficacité de foulée. Notre
« kényan » de service avec la même endurance qu’Alain et la même
masse, réalise un temps canon grâce un vo2 max conséquent avec la même
efficacité de foulée que celle d’Alain.
Par
contre celle-ci le pénalise par rapport à D.Clayton même avec un net avantage
de poids par rapport à celui-ci
Et
voici le cas Derek Clayton* lui est doté d’ un gabarit supérieur à nos trois
poids plume mais avec une efficacité très élevée et une vo2 max de l’ordre de celle d’un coureur régional très
inférieure à celle de notre kényan il reste son égal. Surtout…
Surtout ce coureur à 328m/mn restait 30mn à
167 pls alors que son max était de 188pls sans augmentation notable du taux de lactate à cette vitesse, celui ci
passant de 2,1 mmoles à 2,3 mmoles (pas d’explication satisfaisante pour le moment).
Ce
coureur exceptionnel pouvait maintenir selon les marathon 85% à 90% de sa
consommation maximale en oxygène
Pour
la distance biscornue de 42,195km (voir les anglais qui s’entendent à merveille
pour rendre compliquer ce qui pourrait être simple.)
Tableau
comparatif :
|
|
Marc Y1 |
|
|
Alain Y2 |
|
|
Coureur
Kényen |
Derek Clayton |
|
performance |
2h42’02’’ |
3h
29’ 36 ‘’ |
2h
37’ 26’’ 64 |
2h29’07’’ |
3h 29’ 36 ‘’ |
2h37’26’’64 |
2h08’33’’ |
2h08’33’’ |
|
Temps de course :mn |
162,333 |
209,6
|
157,444
|
149,12
|
209,6 |
157,444 |
128,55 |
128,55 |
|
Vitesse (m/mn) |
259,93 |
201,312
|
268m
|
282,96
|
201,312
|
268 |
328,238 |
328,238 |
|
Consommation O2 en course(ml) |
3143 |
2322 |
3256 |
3124,6 |
2308 |
2975 |
3644 |
4124 |
|
E kcal/min |
15,715 |
11,61 |
16,28
|
15,62 |
11,54
|
14,875 |
18,22 |
20,62 |
|
E kcal |
2551 |
2434 |
2563
|
2330 |
2419 |
2342 |
2342 |
2650 |
|
Energie dépensée MJ |
10,663 |
10,17 |
10,714 |
9,738 |
9,9175 |
9,79 |
9,79 |
11,08 |
|
Vo2max |
3698
|
3698
|
3698
|
3676
|
3676
|
3676
|
4297 |
4851,8 |
|
Fraction moyenne de Vo2max % atteint |
85 |
85 |
85 |
85 |
85 |
85 |
85 |
85 |
|
Vo2max/kg/mn |
65 ml |
65 |
65 |
65 |
65 |
65 |
75,74 |
69,7 |
|
masse |
56,9 |
56,9 |
56,9 |
56,6 |
56,6 |
56,6 |
56,6 |
69,61 |
|
Vo2 course |
55,205 |
40,808
|
57,22 |
55,205 |
40,7774 |
52,562 |
64,38 |
59,242 |
|
Cr |
0,2125 |
0,2027 |
0,2135 |
0,195
|
0,20256 |
0,1961 |
0,1961 |
0,1805 |
|
Pw dépensée |
1094,8 |
809 |
1134,2 |
1088,4 |
788,6 |
1036,3 |
1269,3 |
1436,54 |
|
Pw
Fournie 25% |
273,7 |
202,25 |
283,54 |
272,1 |
197,15 |
259 |
317,32 |
359,14 |
|
Pw fournie /kg |
4,81 |
3,55 |
4,98 |
4,81 |
3,48 |
4,58 |
5,61 |
5,16 |
(1) et la puissance
développée par le coureur est 809 watts
Comme le rendement humain est de 25% en course à pied
Marc fournit : 202,25
watts pour son Marathon
(2)sa puissance développée 1134,2 w
Marc fournirait 283,54watts en course sur 157,444 minutes d’effort
(3) 788,6watts développés
Et une puissance fournie de
197,15 watts
(4) 1036,3 watts développés soit 259watts fournis
(5)Puissance développée
requise 1269,3 w soit fournis : 317,32w
Je
reste à votre écoute, si vous avez quelques remarques merci de me les faire
passer.