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Un siècle avant le Covid-19…

8 avril 2020 vu 572 fois Pas de commentaire

1ère pandémie de l’ère moderne, La «grippe de Hongkong» 1968-1970

Et en remontant un peu dans le temps… la grippe Asiatique de 1957


puis il y a cent ans,
la grippe Espagnole…

Un siècle avant le Covid-19, “The Times” relatait l’épidémie de grippe espagnole

Le quotidien britannique a ressorti de ses placards des articles publiés au moment de l’épidémie de grippe espagnole, qui avait touché 500 millions de personnes à partir de 1918. À l’époque, déjà, à la minimisation de la maladie avaient succédé la submersion des hôpitaux et la réponse désorganisée des États.

Plus d’un siècle avant la pandémie de Covid-19, “un autre virus grippait la planète entière et provoquait des milliers de morts”, rappelle The Times. Au sortir de la Grande Guerre, en 1918, la grippe espagnole se montre particulièrement virulente. Quelque 500 millions de personnes sont infectées et l’on estime que 20 % d’entre elles périssent. “Déjà, à l’époque, le Times est là pour en parler”, s’enorgueillit le quotidien londonien dans un article publié le 25 mars. En fouillant dans ses archives, le journal conservateur a découvert des échos à la crise sanitaire que traversent actuellement le Royaume-Uni et le monde.

·        Une gravité minimisée

Avant l’été 1918, les autorités européennes peinent à prendre la menace au sérieux. La Première Guerre mondiale est toujours en cours et occupe tous les esprits. Un correspondant de The Times infecté lors de la première vague de contaminations soutient que le virus est bien moins virulent que la grippe russe de 1889-1890. Dans son article, le journaliste explique ainsi avoir guéri grâce au repos et à la prise de quinine, un médicament utilisé dans le traitement du paludisme. “En raison de son caractère bénin, la maladie – ainsi que ses victimes – a d’abord fait l’objet de bons mots et autres badinages plaisants dans les journaux”, écrit le correspondant du journal en Espagne, le 3 juin 1918.

·        Des hôpitaux submergés

Quelques semaines plus tard, changement de ton. Le 3 juillet, les services médicaux de la ville de Birmingham, dans l’ouest de l’Angleterre, sont aux abois. “Les médecins ne savent plus quoi faire pour gérer l’afflux de patients”, peut-on alors lire dans le quotidien fondé en 1785. Pendant l’automne, une deuxième vague, beaucoup plus meurtrière, frappe les villes et les campagnes. La grippe est à ce stade capable de venir à bout de jeunes adultes en bonne santé quelques heures seulement après l’apparition des premiers symptômes.

·        Distanciation sociale et propagation dans les transports

Les conseils donnés en matière de distanciation sociale sont, eux aussi très similaires, relève The Times dans son article du 25 mars 2020. Alertées sur la présence de 600 cas dans une usine de Letchworth, au nord de Londres, les autorités “recommandent d’éviter les cinémas et autres lieux très fréquentés et de bien se nettoyer la bouche et les sinus”, détaille un article de juin 1918. Par ailleurs, comme on le voit actuellement avec le Covid-19, “une bonne partie du public peine à comprendre la facilité avec laquelle se transmet le virus”. À l’époque, certains pointent du doigt la responsabilité des transports, bondés. À Londres, des images de rames de métro pleines à craquer inquiètent actuellement le gouvernement britannique de la même manière.

·        Des “travailleurs clés” en première ligne

Comme aujourd’hui, des milliers de travailleurs étaient en première ligne. Dimanche 22 mars, 3 963 personnels médicaux ont adressé une lettre à The Times pour réclamer davantage d’équipements et de protections auprès des autorités. Un siècle plus tôt, nous apprend le journal, “un rapport daté du 26 octobre 1918 indique que 1 300 policiers souffrent de la maladie et que 25 en sont morts. Dans un régiment, on dénombre jusqu’à 100 hommes malades.”

·        Une réponse internationale désorganisée

“Sur le plan international, on observe une grande variété de réactions, certains gouvernements se faisant éreinter pour leur incapacité à circonscrire la maladie – ce qui n’est pas sans rappeler la situation actuelle”, note The Times. Le 10 octobre 1918, un article relève ainsi que “le ministère de la Santé de l’Union sud-africaine a été vivement et légitimement critiqué pour avoir tardé à informer le public du danger et pour n’avoir pas su organiser les personnels soignants à temps”.

·        Les “fake news” déjà au rendez-vous

Retenir son souffle pour éviter de contracter le Covid-19 ? Ce type de théorie fumeuse, The Times en a réfuté plusieurs ces derniers jours. Mais en 1918, le quotidien n’était peut-être pas aussi pointilleux. Dans ses pages réservées au courrier des lecteurs, une missive suggère que le tabac pourrait être un remède efficace contre la grippe espagnole. ‘Le principe est simple. Prenez du tabac à priser, c’est une façon très efficace d’arrêter et de détruire l’insidieux bacille’, écrivait le lecteur Harry Furniss, répétant le conseil qu’on lui avait donné lors d’une précédente épidémie.”

·        La grippe, un sujet loin d’être prioritaire à l’époque

Seule différence notable repérée par le quotidien de Londres : la place accordée à l’épidémie dans le journal. Ce 25 mars, la totalité de la une du journal est consacrée au Covid-19. En 1918, en revanche, la grippe espagnole était reléguée dans les pages intérieures. Et pas seulement à cause de la guerre. “L’information sur le triplement du nombre de morts à Southampton – passant à 44 pour mille en octobre 1918 – était reléguée à la fin d’un article sur la grippe.” Juste au-dessus, considéré comme plus important, “un autre papier d’égale importance rapportait que la famille royale avait légèrement réduit sa consommation de charbon”.

Article de « Courier International » (env 30 mars 2020)